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Nouvel article 1254 du Code civil : la faute lucrative, une sanction inassurable pour les professionnels

7 min

En bref

Depuis le 3 mai 2025, le nouvel article 1254 du Code civil permet de condamner un professionnel à une amende civile punitive s'il a délibérément commis une faute pour en tirer un gain, causant un dommage à plusieurs victimes dans la même situation. Cette sanction est explicitement inassurable et

Depuis le 3 mai 2025, une règle inédite s'applique à tous les professionnels français : un comportement délibérément lucratif au détriment de plusieurs clients ou tiers peut entraîner une sanction civile punitive — et aucun contrat d'assurance RC Pro ne pourra l'absorber. C'est l'objet du nouvel article 1254 du Code civil, introduit par la loi n° 2025-391 du 30 avril 2025 (dite DDADUE), publiée au Journal officiel du 2 mai 2025. Un texte peu médiatisé auprès des indépendants, mais aux conséquences directes sur leur exposition personnelle.

Ce que dit le nouvel article 1254 du Code civil

L'article 1254 du Code civil institue une amende civile lorsque deux conditions cumulatives sont réunies :

  • Le professionnel a délibérément commis une faute en vue d'obtenir un gain ou une économie indue ;
  • Ce manquement a causé un dommage à plusieurs personnes placées dans une situation identique (dommages dits « sériels »).

Cette double condition est importante : un simple manquement, même grave, ne suffit pas. Il faut que la faute soit intentionnelle et motivée par l'intérêt économique du professionnel, et qu'elle touche une pluralité de victimes dans des circonstances similaires.

Comment le montant de la sanction est-il calculé ?

Le montant est proportionné à la gravité de la faute et au profit retiré par son auteur :

  • Pour une personne physique (un indépendant, un libéral, un auto-entrepreneur) : plafonné au double du profit réalisé ;
  • Pour une personne morale (une société, une TPE constituée en SARL, SAS, etc.) : plafonné au quintuple du profit réalisé.

Ces plafonds sont des maxima légaux : le juge dispose d'un pouvoir d'appréciation pour fixer le montant dans cette fourchette, selon les circonstances. (Source : article 1254 du Code civil, Légifrance.)

La rupture majeure : une sanction explicitement inassurable

L'article 1254 le précise explicitement : cette sanction n'est pas assurable. C'est là la nouveauté la plus importante pour les professionnels.

Jusqu'ici, les polices RC Pro excluaient déjà, par clause conventionnelle, la prise en charge des amendes pénales et des sanctions administratives — ainsi que des dommages résultant d'une faute intentionnelle. L'article 1254 va plus loin : il consacre dans la loi elle-même le caractère inassurable de cette amende civile.

Concrètement, cela signifie que :

  • Aucune compagnie d'assurance ne pourra légalement couvrir cette condamnation, quelles que soient les garanties souscrites ;
  • Le professionnel condamné devra régler la somme sur ses fonds propres, à titre personnel ;
  • La RC Pro reste utile — et indispensable — pour couvrir les dommages causés aux tiers (erreurs, négligences, fautes non intentionnelles), mais elle ne constitue pas un filet de sécurité contre la faute lucrative.

Pour mieux comprendre ce que couvre et ne couvre pas un contrat RC Pro, l'article « Ce que ne couvre pas la RC Pro : les exclusions à connaître absolument » en fait un tour d'horizon complet.

Quels professionnels sont concernés ?

La loi vise « tout professionnel ayant agi dans un but lucratif ». Les exemples évoqués dans les premiers commentaires juridiques publiés depuis l'entrée en vigueur du texte illustrent la diversité des situations :

  • Un médecin ayant réalisé des interventions inutiles pour augmenter ses revenus ;
  • Un conseiller financier ayant préconisé des opérations de défiscalisation risquées à une clientèle nombreuse, dans son propre intérêt commercial ;
  • Plus largement, tout professionnel en contact répété avec une même clientèle homogène — conseil, santé, formation, services financiers, coaching, immobilier…

Il ne s'agit pas seulement des grandes entreprises : un indépendant, un auto-entrepreneur ou une TPE peuvent tout autant être exposés si leur activité les amène à délivrer des prestations identiques à plusieurs clients dans des conditions susceptibles d'être jugées « lucratives » au sens de l'article.

Ce que cela change dans la pratique

Ce texte introduit une logique punitive en droit civil français, jusqu'ici réservée au droit pénal. Pour un professionnel, la frontière entre faute ordinaire (couverte par la RC Pro) et faute lucrative (non assurable) devient un enjeu de gestion des risques à part entière.

Quelques exemples de situations à surveiller :

  • Surfacturer une prestation identique à plusieurs clients en sachant qu'elle est inutile ou inadaptée ;
  • Recommander systématiquement un produit ou service dont on tire une commission, sans égard pour l'intérêt du client ;
  • Économiser délibérément sur la qualité d'une prestation répétée pour en maximiser la marge.

Ces comportements, s'ils sont jugés délibérés et répétés, peuvent désormais déclencher la sanction de l'article 1254 — indépendamment de toute procédure pénale.

RC Pro et défense juridique : ce que vous pouvez encore attendre de votre contrat

Si la sanction elle-même est inassurable, la mise en cause reste couverte par la RC Pro — à condition que votre contrat inclue une garantie de défense juridique.

En cas de procédure engagée par plusieurs clients ou par une association de défense des consommateurs, la RC Pro peut prendre en charge :

  • Les frais d'avocat pour vous défendre ;
  • Les frais d'expertise éventuels ;
  • Les dommages et intérêts réclamés par les victimes pour les préjudices classiques (si la faute n'est pas qualifiée de dolosive au fond).

La sanction de l'article 1254, en revanche, reste à votre charge personnelle si la condamnation est prononcée.

C'est pourquoi il est utile de vérifier que votre contrat RC Pro comporte bien une garantie défense-recours suffisante. L'article « Les garanties essentielles d'une RC Pro : ce que doit couvrir votre contrat » détaille ce qu'il faut exiger sur ce point.

Par ailleurs, si plusieurs clients déposent des réclamations à des périodes différentes pour un même manquement répété, le déclenchement des garanties dans le temps est un sujet crucial : l'article « Base réclamation ou base fait dommageable : laquelle choisir pour votre RC Pro ? » vous aidera à comprendre quelle couverture s'applique selon la date de la faute et la date de la réclamation.

En résumé : ce que l'article 1254 ne change pas — et ce qu'il change vraiment

Ce qui ne change pas :

  • La RC Pro couvre toujours vos fautes, erreurs et négligences non intentionnelles dans l'exercice de votre activité ;
  • Elle reste obligatoire pour de nombreuses professions réglementées et fortement recommandée pour toutes les autres ;
  • Elle prend en charge votre défense juridique même en cas d'accusation.

Ce qui change :

  • Une faute délibérément lucrative, causant un dommage sériel, peut désormais donner lieu à une amende civile que vous seul devrez payer ;
  • Cette exclusion est légale et absolue : aucun contrat ne peut y déroger ;
  • Le professionnel est donc invité à intégrer ce risque dans sa gestion des pratiques — et non dans sa couverture assurantielle.

L'article « Faute professionnelle : que couvre vraiment la RC Pro ? » rappelle utilement la distinction entre faute ordinaire (couverte) et faute intentionnelle (exclue), que l'article 1254 vient prolonger dans un cadre civil inédit.

Faire le point sur votre couverture RC Pro

L'entrée en vigueur de l'article 1254 est un bon moment pour vérifier que votre contrat RC Pro est bien calibré : garanties de défense juridique, plafonds adaptés à votre activité, couverture des dommages sériels dans les limites légales.

Un courtier spécialisé peut analyser votre situation et vous proposer un contrat adapté à votre profil — sans prétendre couvrir ce que la loi rend inassurable, mais en s'assurant que le reste de votre exposition est bien pris en charge.

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Sources

  • Article 1254 du Code civil (Légifrance)
  • Loi n° 2025-391 du 30 avril 2025, Journal officiel du 2 mai 2025 (Légifrance)
  • Dalloz Étudiant — « Consécration d'une amende civile en cas de faute lucrative cause de dommages sériels »
  • Persea — « Exclusion légale de la sanction civile sérielle du nouvel article 1254 du Code civil »
  • Grenier Avocats — « Sanction civile, faute dolosive, Code civil »

À retenir

  • L'article 1254 du Code civil, en vigueur depuis le 3 mai 2025, instaure une amende civile punitive pour faute lucrative sérielle — une première en droit civil français.
  • La sanction est explicitement déclarée non assurable par la loi : elle reste à la charge personnelle du professionnel condamné, quelles que soient ses garanties RC Pro.
  • Le plafond est fixé au double du profit réalisé pour une personne physique, et au quintuple pour une personne morale.
  • La RC Pro couvre toujours les fautes, erreurs et négligences non intentionnelles, ainsi que les frais de défense juridique en cas de mise en cause.
  • Tout professionnel en contact répété avec une clientèle homogène (conseil, santé, formation, services financiers…) est potentiellement exposé à ce nouveau dispositif.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que l'article 1254 du Code civil ?
C'est un article introduit par la loi n° 2025-391 du 30 avril 2025, en vigueur depuis le 3 mai 2025. Il institue une amende civile punitive lorsqu'un professionnel commet délibérément une faute pour en tirer un gain ou une économie, causant un dommage à plusieurs personnes dans une situation identique.
Qu'est-ce qu'une faute lucrative au sens de l'article 1254 ?
Une faute lucrative est un manquement délibéré, commis intentionnellement dans le but d'obtenir un gain ou une économie. Elle se distingue de la faute ordinaire (erreur, négligence) qui, elle, reste couverte par la RC Pro.
La RC Pro couvre-t-elle la sanction de l'article 1254 ?
Non. L'article 1254 précise explicitement que cette sanction n'est pas assurable. Aucun contrat RC Pro ne peut prendre en charge cette amende civile, qui reste à la charge personnelle du professionnel condamné.
Quel est le montant maximum de cette sanction civile ?
Le plafond est fixé au double du profit réalisé pour une personne physique (indépendant, libéral, auto-entrepreneur), et au quintuple pour une personne morale (société, TPE). Le juge apprécie le montant en fonction de la gravité de la faute.
Qui peut être condamné sur le fondement de l'article 1254 ?
Tout professionnel — personne physique ou morale — ayant commis délibérément une faute dans un but de gain, dont le manquement a causé un dommage à plusieurs personnes dans une situation identique. Les professions libérales, conseillers, prestataires de services répétés sont particulièrement concernés.
Ma RC Pro sert-elle encore à quelque chose si je suis mis en cause pour une faute lucrative ?
Oui, pour la partie qui reste assurable : les frais de défense juridique, les dommages et intérêts réclamés par les victimes pour des préjudices classiques, et les frais d'expertise. Seule la sanction punitive de l'article 1254 elle-même est inassurable.
Cette règle s'applique-t-elle aux auto-entrepreneurs ?
Oui. L'article 1254 du Code civil s'applique à tout professionnel, quel que soit son statut juridique. Un auto-entrepreneur ou micro-entrepreneur peut être condamné sur ce fondement si les deux conditions (faute délibérée + dommage sériel) sont réunies.
Quand l'article 1254 est-il entré en vigueur ?
Le 3 mai 2025, lendemain de la publication de la loi n° 2025-391 du 30 avril 2025 au Journal officiel du 2 mai 2025.

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